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La souplesse psychologique, c’est quoi au juste ?

VM
Vincent Murday
Docteur en psychologie · Psychologue
Contenu rédigé et validé par un psychologue · Mis à jour le 21 juillet 2026

Face à une contrariété, certaines personnes semblent pouvoir s’adapter, encaisser, rebondir, quand d’autres restent bloquées, happées par leurs pensées ou paralysées par leurs émotions. Ce qui les distingue n’est pas la chance ni le caractère : c’est une capacité qui se travaille, et qui porte le nom de souplesse psychologique. C’est le cœur même de la thérapie ACT (thérapie d’acceptation et d’engagement). Cet article vous explique ce qu’elle est vraiment, et comment on la cultive.

Une capacité, pas un état

Commençons par lever une confusion. La souplesse psychologique n’est pas un état de calme, de sérénité ou de « zénitude » qu’on atteindrait une fois pour toutes. Ce n’est pas non plus un trait de caractère qu’on aurait ou non à la naissance.

C’est une capacité, quelque chose qui se développe, comme une souplesse physique qu’on gagne en s’étirant régulièrement. Concrètement, c’est l’aptitude à rester en contact avec le moment présent et ouvert à ce que l’on ressent, tout en agissant dans la direction de ce qui compte vraiment pour soi. En un mot : garder sa liberté d’action, même quand des pensées ou des émotions difficiles sont là.

À l’inverse, on parle de rigidité psychologique quand on se retrouve piégé : happé par ses ruminations, collé à ses pensées comme si elles étaient des vérités absolues, en lutte permanente contre ses émotions, et coupé de ce qui a du sens. Dans cet état, ce sont nos automatismes qui mènent la barque, pas nous. La plupart des difficultés que l’on rencontre, anxiété, ruminations, évitements, découragement, s’enracinent dans cette rigidité. Toute la démarche de l’ACT consiste à passer, pas à pas, de la rigidité vers la souplesse.

Trois mouvements plutôt que six notions

L’ACT décrit six processus qui, ensemble, soutiennent la souplesse psychologique. Six, cela peut sembler beaucoup. Heureusement, on peut les regrouper en trois grands mouvements, faciles à retenir : être présent, s’ouvrir, et faire ce qui compte. C’est ce qu’on appelle parfois le triflex.

Ces trois mouvements ne sont pas des étapes à franchir dans l’ordre, une fois pour toutes. Ce sont plutôt trois directions vers lesquelles on peut revenir à tout moment, selon ce dont on a besoin. Voyons-les une à une.

1. Être présent

Le premier mouvement consiste à revenir dans l’instant. Notre esprit passe une grande partie du temps en « pilotage automatique » : il rumine le passé, s’inquiète du futur, ou juge en continu ce qu’on est en train de faire. On peut ainsi traverser des journées entières sans vraiment être là.

Être présent, c’est ramener volontairement son attention vers ce qui se passe maintenant, ses sensations, sa respiration, ce qu’on voit et entend, avec curiosité plutôt qu’avec jugement. Ce mouvement regroupe deux des six processus de l’ACT : le contact avec le moment présent et le soi-observateur (cette part de vous qui peut remarquer vos pensées et vos émotions sans se confondre avec elles).

2. S’ouvrir

Le deuxième mouvement consiste à faire de la place à ce qui est difficile, au lieu de passer son énergie à le combattre ou à le fuir. Nos réflexes habituels, refouler une émotion, éviter une situation, se disputer avec ses pensées, soulagent sur le moment mais coûtent cher à long terme, et finissent par rétrécir la vie.

S’ouvrir, c’est adopter une autre posture : accueillir ses émotions sans lutte inutile, et prendre du recul face à ses pensées pour cesser de les prendre pour des ordres. Ce mouvement regroupe deux processus : l’acceptation (faire de la place aux ressentis difficiles) et la défusion (voir ses pensées comme des événements mentaux, et non comme la réalité). Attention : s’ouvrir ne veut pas dire se résigner, c’est même le contraire, puisqu’on libère de l’énergie pour agir.

3. Faire ce qui compte

Le troisième mouvement donne un sens à tout le reste. Être présent et s’ouvrir ne sont pas des fins en soi : ils servent à libérer de l’espace pour vivre en accord avec ce qui compte vraiment pour vous.

Faire ce qui compte, c’est d’abord clarifier ses valeurs, les directions de vie qui vous tiennent à cœur, le genre de personne que vous voulez être dans vos relations, votre travail, votre santé. C’est ensuite les traduire en actions engagées : de petits pas concrets et répétés dans ces directions, même lorsque l’inconfort est présent. Ce mouvement regroupe donc deux processus : les valeurs (la boussole) et l’action engagée (la marche).

Comment les trois mouvements travaillent ensemble

Ces trois mouvements ne fonctionnent pas en silos : ils se soutiennent mutuellement. Prenons un exemple concret.

Imaginons que vous ayez à cœur de compter pour vos proches, mais que l’anxiété sociale vous pousse à décliner chaque invitation. La rigidité, ici, c’est le scénario habituel : la pensée « je vais être ridicule » surgit (fusion), l’angoisse monte, vous l’évitez en restant chez vous (lutte), et vous vous éloignez un peu plus de ce qui compte.

La souplesse, c’est mobiliser les trois mouvements. Être présent : remarquer que l’anxiété est là, dans le corps, ici et maintenant. S’ouvrir : faire de la place à cette anxiété et prendre du recul face à la pensée « je vais être ridicule », sans la croire sur parole. Faire ce qui compte : y aller quand même, parce que ces relations comptent pour vous, l’anxiété peut vous accompagner, elle n’a plus à décider à votre place.

C’est cela, la souplesse psychologique : non pas l’absence d’inconfort, mais la capacité à agir selon ce qui compte avec l’inconfort, plutôt que d’attendre qu’il disparaisse.

Pourquoi c’est le cœur de la thérapie ACT

On comprend mieux, à ce stade, pourquoi l’ACT ne cherche pas d’abord à supprimer les symptômes. Vouloir faire disparaître ses émotions difficiles, c’est une bataille perdue d’avance qui consomme toute l’énergie. Développer sa souplesse, c’est changer de terrain : au lieu de lutter pour se sentir mieux, on apprend à mieux vivre, même en présence de l’inconfort.

C’est un apprentissage progressif, qui se cultive par la pratique, en séance, mais surtout au quotidien, à travers de petits exercices répétés. Chacun des six processus est un levier que l’on peut travailler séparément, à votre rythme.

FAQ

Souplesse psychologique et flexibilité psychologique, est-ce pareil ?

Oui. Ce sont deux traductions du même terme anglais (psychological flexibility). Les deux désignent la même capacité : rester présent et ouvert à son expérience, tout en agissant dans la direction de ses valeurs.

La souplesse psychologique, ça veut dire ne plus ressentir d’émotions négatives ?

Non. Il ne s’agit pas de supprimer l’inconfort, mais de garder sa liberté d’action même quand il est présent. Une personne souple psychologiquement ressent de la peur, de la tristesse ou de la colère comme tout le monde, mais ces émotions ne dictent plus tous ses choix.

Est-ce qu’on peut vraiment développer sa souplesse psychologique ?

Oui, c’est une capacité qui se travaille, un peu comme la souplesse du corps. Elle se développe par la pratique régulière de petits exercices, en thérapie et au quotidien, plutôt que par la seule compréhension intellectuelle.

Quels sont les six processus de l’ACT ?

Le contact avec le moment présent, le soi-observateur, l’acceptation, la défusion cognitive, les valeurs et l’action engagée. On les regroupe souvent en trois mouvements : être présent, s’ouvrir et faire ce qui compte.

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