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Accepter, ce n’est pas se résigner : le grand malentendu de la thérapie ACT

VM
Vincent Murday
Docteur en psychologie · Psychologue
Contenu rédigé et validé par un psychologue · Mis à jour le 20 juillet 2026

Quand on découvre la thérapie ACT (thérapie d’acceptation et d’engagement), un mot fait souvent tiquer : acceptation. Beaucoup de personnes l’entendent comme un synonyme de « abandon » et se disent, à juste titre : « Si accepter ma souffrance veut dire la subir sans rien faire, très peu pour moi. » Cette réaction est saine. Le problème, c’est qu’elle repose sur un contresens. Accepter, dans l’ACT, ne signifie pas se résigner, et confondre les deux fait passer à côté de tout l’intérêt de l’approche. Cet article est là pour lever ce malentendu.

Pourquoi le mot « acceptation » fait peur

Dans le langage courant, « accepter » a souvent une couleur de défaite. On « accepte » une mauvaise nouvelle faute de pouvoir la changer, on « accepte » une situation injuste parce qu’on est à bout. Le mot traîne avec lui une idée de passivité, de renoncement, de bras qui retombent.

On comprend alors la méfiance : personne n’a envie qu’on lui demande d’accepter sa dépression, son anxiété ou sa douleur comme on accepterait une fatalité. Si c’était cela, l’ACT serait une invitation à la résignation, et ce serait même contraire au soin.

Mais le sens que l’ACT donne à ce mot est très différent, presque opposé. Là où la résignation ferme les possibilités, l’acceptation vise justement à les rouvrir. Pour bien le comprendre, il faut distinguer trois postures qu’on mélange souvent : la résignation, la tolérance et l’acceptation.

Résignation, tolérance, acceptation : trois postures à ne pas confondre

Ces trois attitudes peuvent se ressembler de l’extérieur, dans les trois cas, la personne ne cherche plus à faire disparaître l’émotion de force. Mais ce qui se passe à l’intérieur, et surtout ce vers quoi elles mènent, n’a rien à voir.

La résignation, c’est baisser les bras. « C’est comme ça, je n’y peux rien, autant ne plus rien tenter. » La personne subit, se sent sans prise, et souvent son monde rétrécit : elle renonce non seulement à lutter contre l’émotion, mais aussi à agir dans sa vie. C’est une posture qui éteint.

La tolérance, c’est serrer les dents. « Je supporte, je tiens bon, en attendant que ça passe. » C’est déjà mieux que la lutte frontale, mais l’émotion reste un ennemi qu’on endure, crispé, dans l’attente qu’elle s’en aille. On patiente en apnée. Cela demande beaucoup d’énergie et cela garde l’inconfort au centre de l’attention.

L’acceptation au sens de l’ACT, c’est faire de la place. On cesse de se battre contre ce qui est déjà là, non pas pour subir, mais pour libérer l’énergie que la lutte consommait, et la réinvestir dans des actions qui comptent. L’émotion n’est plus un ennemi à vaincre ni à endurer : c’est une expérience à laquelle on laisse de l’espace, pendant qu’on continue d’avancer.

La différence décisive tient dans la dernière ligne. La résignation et la tolérance mettent la vie en pause ; l’acceptation permet de continuer à vivre pendant que l’inconfort est là, sans attendre qu’il disparaisse.

Ce que l’acceptation n’est pas

Pour dissiper complètement le malentendu, il est utile de nommer clairement ce que l’acceptation ACT ne demande pas.

Elle ne demande pas de trouver la souffrance normale, agréable ou souhaitable. Souffrir n’est pas un objectif, et l’ACT ne romantise jamais la douleur. Elle ne demande pas non plus d’aimer ce qu’on ressent, ni même de l’approuver. On peut faire de la place à une émotion tout en préférant de loin qu’elle ne soit pas là.

Elle ne demande pas de renoncer à changer sa vie. C’est peut-être le point le plus important : accepter une émotion intérieure n’a rien à voir avec accepter une situation extérieure inacceptable. On peut parfaitement faire de la place à sa peur ou à sa colère et, dans le même mouvement, agir pour changer ce qui peut l’être, quitter un emploi toxique, poser une limite, demander de l’aide. L’acceptation porte sur le monde intérieur (ce qui ne se contrôle pas à volonté), pas sur la passivité face au monde.

Enfin, elle ne demande pas de tout supporter en silence. Accepter n’est pas encaisser.

Pourquoi lutter contre ses émotions ne fonctionne pas

Si l’ACT insiste autant sur l’acceptation, ce n’est pas par philosophie : c’est parce que la stratégie inverse, combattre ou fuir ses émotions, échoue le plus souvent à long terme.

Faites l’essai : pendant trente secondes, essayez de ne surtout pas penser à votre dessert préféré. La plupart des gens constatent que plus on s’interdit une pensée, plus elle revient. Nos expériences intérieures, émotions, sensations, souvenirs, obéissent à la même logique. On ne les fait pas disparaître sur commande. Plus on les repousse, plus elles insistent, et plus on s’épuise.

C’est là que le malentendu coûte cher. Beaucoup de personnes passent des années à lutter, persuadées qu’il faut d’abord aller mieux pour pouvoir vivre. L’acceptation propose l’inverse : arrêter cette guerre perdue d’avance, non pas pour renoncer, mais pour récupérer l’énergie qu’elle engloutit et la remettre au service de ce qui compte vraiment.

Accepter pour agir, pas pour subir

C’est le retournement essentiel : dans l’ACT, l’acceptation n’est jamais une fin en soi. Elle est au service de l’action.

On accepte de faire de la place à l’anxiété pour pouvoir passer cet entretien qui compte. On accepte la tristesse qui accompagne un deuil pour rester ouvert aux personnes qu’on aime, au lieu de se couper de tout. L’acceptation n’est pas une porte de sortie, c’est une porte d’entrée : elle rouvre le champ des actions possibles quand la lutte, elle, le refermait.

C’est aussi pour cela que l’acceptation, dans l’ACT, va toujours de pair avec les valeurs, ce qui compte profondément pour vous, et avec l’action engagée. Accepter n’aurait aucun sens s’il s’agissait juste de tolérer la souffrance. Cela prend tout son sens dès lors qu’il s’agit de dégager de l’espace pour vivre en accord avec soi.

Un mot sur le « lâcher-prise »

Le « lâcher-prise » est souvent brandi comme un idéal, et on l’assimile parfois à l’acceptation. La nuance mérite d’être posée. Dans l’ACT, on ne lâche pas sa vie ni ses objectifs : on lâche la lutte contre ses expériences intérieures. Ce qu’on relâche, c’est la corde qu’on tire dans un bras de fer épuisant contre soi-même, pas le cap qu’on s’est fixé. On lâche le combat, pas la direction.

En résumé

Accepter, dans la thérapie ACT, ce n’est ni se résigner, ni serrer les dents, ni tout supporter. C’est cesser une bataille intérieure qui nous épuise, pour faire de la place à ce qui est déjà là et récupérer l’énergie nécessaire à ce qui compte. Loin d’être une capitulation, c’est un acte actif, choisi, tourné vers la vie. Si ce mot vous rebutait, c’est probablement qu’on vous en avait mal expliqué le sens.

FAQ

Accepter mes émotions, est-ce que ça veut dire les approuver ?

Non. Faire de la place à une émotion ne signifie pas l’aimer ni la trouver souhaitable. On peut accueillir une émotion tout en préférant de loin qu’elle ne soit pas là. L’acceptation porte sur le fait de cesser de lutter, pas sur le fait d’approuver.

Quelle est la différence entre acceptation et résignation ?

La résignation, c’est baisser les bras et renoncer à agir : le monde rétrécit. L’acceptation, c’est cesser de lutter contre ce qui est déjà là pour libérer de l’énergie et continuer à agir vers ce qui compte. La première éteint, la seconde remet en mouvement.

Acceptation et tolérance, est-ce pareil ?

Non. Tolérer, c’est serrer les dents en attendant que l’émotion passe : elle reste un ennemi qu’on endure. Accepter, c’est laisser de l’espace à l’émotion sans la combattre ni l’attendre, tout en continuant sa vie. La tolérance patiente sur place ; l’acceptation avance.

Si j’accepte ma situation, dois-je renoncer à la changer ?

Non, et c’est essentiel. L’acceptation ACT concerne vos expériences intérieures (émotions, pensées, sensations), pas les situations extérieures injustes ou dangereuses. On peut accepter sa peur tout en agissant pour changer ce qui peut l’être.

L’acceptation, est-ce du lâcher-prise ?

En partie, à condition de préciser ce qu’on lâche. Dans l’ACT, on ne lâche pas ses objectifs ni sa vie : on lâche la lutte épuisante contre ses propres émotions. On relâche le combat, pas la direction.

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